Autoportrait de l'auteur en coureur de fond - Haruki Murakami

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond – Haruki Murakami

Nous découvrons l’écrivain Haruki Murakami à travers un texte, qui n’est ni un essai philosophique ni une biographie mais plutôt un mélange des deux. Il s’agit de suivre ses réflexions sur la course à pied, qu’il a mises sur papier principalement entre 2005 et 2006.

Auteur : Haruki Murakami

Genre : littérature japonaise – autobiographie – essai

Résumé

Rien ne prédestinait Murakami à l’écriture. Après la réussite de son premier roman, lorsqu’apparaît son envie de s’adonner à l’écriture sereinement et à temps plein, il décide de changer de mode de vie. Il vend son club de jazz, déménage avec sa femme et commence à pratiquer la course à pied… tous les jours. Murakami nous livre en toute simplicité de quelle manière il s’est imposé cette routine et le lien qu’il peut y avoir avec l’écriture.

Avis

Cet ouvrage ne rentre pas vraiment dans une case. Néanmoins si l’on devait le définir cela se rapproche, à mon sens, de l’essai autobiographique. Il ressemble davantage à un extrait de confidences de l’auteur sur sa pratique de la course à pied. Murakami le rangerait quant à lui plutôt dans la catégorie mémoires.

Ma première réaction en fermant ce livre fut un soupir de déception : il est très court. Cela n’enlève bien sûr rien à la qualité de l’écriture et au contenu de l’œuvre, même si par moments j’ai trouvé des tournures de phrases et des descriptions un peu étranges. Je pense que certains passages ont dû être particulièrement difficiles à traduire.

J’ai bien aimé les petits moments poétiques, notamment les descriptions de paysages ou les sensations de l’auteur lors des courses. Mais cela reste rare, la plupart du temps Murakami nous décrit clairement ce à quoi il pense lorsqu’il court. Il nous fait part de ses craintes, de son appréhension avant certains marathons. J’ai adoré le passage de l’ultra-marathon : quelle belle folie. Ce qui me mène à ce que j’ai préféré dans ses écrits ; j’admire le fait qu’il se soit imposé cette routine et ces épreuves physiques. Pas uniquement le fait de s’entraîner quotidiennement, de se surpasser lors d’épreuves extrêmement difficiles d’un point de vue physique, biologique. J’admire surtout son effort et son endurance sur le long terme en tant que coureur mais surtout en tant qu’écrivain. Le plus difficile est peut-être de conserver cette routine et ce mode de vie sur le très long terme, qui est une condition nécessaire à la réussite, pour lui en tous cas, de la pratique de l’écriture sur le long terme. Même si comme il le dit il a la chance d’être en bonne santé et de pouvoir vivre financièrement ainsi, c’est tout de même admirable.

La course lui a principalement apporté cette capacité de rigueur et de concentration. En plus de la rigueur commune à la course et à l’écriture, il s’imposait également de s’asseoir à son bureau et de proposer voire d’imposer à son esprit son moment pour écrire. En effet, cela passe aussi par faire comprendre physiquement à son corps que c’est le moment d’écrire.

En outre, il a été évident pour Murakami que la persévérance et le dépassement de soi étaient des qualités communes à la course et à l’écriture. Il n’a pas douté du bien-fondé de cette pratique sportive pour persévérer et devenir un écrivain « de fond » si j’ose dire. Lors des courses et des épreuves de fond Murakami avait bien sûr des objectifs mais comme il l’explique le plus important à ses yeux était de parvenir à son objectif principal et de dépasser ses propres limites, quel que soit son rythme. Au fil du temps il a d’ailleurs appris à être plus à l’écoute de son corps et à accepter les petits changements physiques ou encore les imprévus. Il est très humble et essaye de rester objectif. De mon point de vue c’est tout de même un sportif de haut niveau.

Santé et discipline : depuis ce jour où Murakami s’est dit que courir lui permettrait de se maintenir en forme puisqu’il allait désormais passer ses journées à écrire, il n’a jamais cessé de le faire, sauf cas exceptionnels. De l’arrêt de ses 60 cigarettes par jour à coureur de fond, coureur de marathon, triathlon et même un ultra-marathon, on peut dire que cet écrivain tient ses résolutions. En gardant toujours en tête son objectif principal, courir lui a permis de devenir écrivain, du moins de manière plus organisée, efficace et sereine, et surtout en pouvant écrire pendant de nombreuses années.

Dans l’ensemble, j’ai bien aimé cette œuvre de Murakami, et c’est la première que je lis de cet auteur. D’ailleurs pour tous ceux que cela intéresse, elle est très courte et tout à fait abordable (contenu et écriture). Vous n’avez pas besoin d’avoir lu ses romans ni même d’adorer la lecture pour vous atteler à cet ouvrage. Murakami vous invite simplement et humblement à entrer dans ses pensées lorsqu’il chaussait ses baskets.

En bref

Une réflexion intéressante parsemée de paroles pleines de sagesse

Les + : une plongée dans les pensées d’un Murakami en pleine course

Les – : trop court

Divers

Titre original : 走ることについて語るときに僕の語ること (Hashiru koto ni tsuite kataru toki ni boku no kataru koto)

Paru le : 17/02/2011

Éditeur : 10-18

Traduit du japonais par Hélène Morita

Extrait d’Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

Le marathon ne convient pas à tout le monde. De même, tout le monde ne peut pas devenir romancier. Personne ne m’a jamais conseillé ou même n’a souhaité que je devienne un écrivain. En fait, on aurait plutôt essayé de m’en dissuader. J’avais l’idée d’en être un, et c’est ce que j’ai fait. De même, personne ne deviendra coureur sur le conseil d’un tiers. Ceux qui le deviennent, c’est parce que, fondamentalement, la course leur est nécessaire. Il n’est pas impossible que quelques lecteurs, que ces pages auront intéressés, se disent : « Tiens, si j’essayais de courir ? » Qu’ils se mettent effectivement à courir et qu’ensuite, peut-être, ils déclarent : « J’ai beaucoup aimé ! » Si tel est le cas, ce sera un développement émouvant de l’histoire. Et moi, l’auteur de ce livre, j’en serai très heureux. Mais chacun a ses inclinations et ses aversions. Certaines personnes seront plus à l’aise avec le marathon, d’autres avec le golf, d’autres encore avec les jeux de hasard. Chaque fois que j’observe des élèves, durant les cours de gymnastique, obligés d’effectuer de longs parcours, je me dis : « Ah, quel dommage ! » Contraindre des jeunes à courir alors qu’ils n’ont aucun désir de le faire, alors qu’ils ne sont pas bâtis pour cette discipline, constitue une sorte de torture stupide.

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond.

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